# Les secrets d’un expert des expéditions pour bien dormir en camping sauvage
Le bivouac en pleine nature représente bien plus qu’une simple nuit passée sous les étoiles. Cette pratique ancestrale, perfectionnée par des décennies d’expéditions en milieux hostiles, nécessite une maîtrise approfondie de paramètres techniques souvent négligés par les néophytes. Entre la gestion de la thermorégulation corporelle, l’anticipation des phénomènes météorologiques et le respect des contraintes réglementaires, chaque décision influence directement la qualité de votre repos nocturne. Les expéditionnaires chevronnés savent que 80% des problèmes rencontrés en bivouac proviennent d’une préparation inadéquate ou d’un choix d’emplacement hasardeux. Pourtant, avec les connaissances appropriées et une approche méthodique, le camping sauvage devient une expérience régénératrice exceptionnelle, offrant une connexion profonde avec l’environnement naturel tout en garantissant sécurité et confort optimal.
Sélection du terrain de bivouac : topographie, exposition et zones réglementées
Le choix de l’emplacement constitue la pierre angulaire d’un bivouac réussi. Cette décision doit s’appuyer sur une analyse rigoureuse de multiples facteurs environnementaux et réglementaires. Les expéditionnaires expérimentés consacrent généralement entre 20 et 30 minutes à l’évaluation d’un site avant d’y établir leur campement. Cette patience initiale prévient 90% des désagréments nocturnes potentiels. La topographie, l’exposition aux éléments, la proximité des ressources en eau et les restrictions légales forment un ensemble indissociable de critères à examiner systématiquement.
Analyser le relief et le drainage naturel pour éviter les zones d’accumulation d’eau
L’étude du micro-relief représente une compétence fondamentale trop souvent sous-estimée. Une dépression apparemment insignifiante de quelques centimètres peut se transformer en mare lors d’une averse nocturne. Observez attentivement les lignes de drainage naturel : les brins d’herbe couchés, les petits canaux érodés et les variations de végétation révèlent les trajectoires habituelles de l’eau. Privilégiez systématiquement les zones légèrement bombées, même sur un terrain qui semble parfaitement plat. Cette élévation minimale de 10 à 15 centimètres suffit généralement à garantir un drainage optimal.
La texture du sol fournit également des indices précieux. Un terrain compact et ferme évacue mieux l’eau qu’un sol spongieux ou tourbeux. Pressez fermement le sol avec votre pied : s’il conserve profondément l’empreinte ou si de l’eau remonte en surface, cherchez un autre emplacement. Les zones herbeuses courtes offrent généralement un meilleur compromis que les herbes hautes, qui retiennent davantage l’humidité nocturne et favorisent la condensation. Cette considération devient particulièrement critique en montagne, où la rosée matinale peut imbiber votre équipement et compromettre vos performances thermiques pour la nuit suivante.
Privilégier l’orientation nord-est pour la protection contre les vents dominants
L’orientation de votre campement par rapport aux vents dominants détermine directement votre confort thermique et la stabilité de votre abri. En Europe occidentale et dans la majorité des massifs alpins, les vents dominants proviennent généralement du secteur ouest et sud-ouest. Une orientation nord-est de l’entrée de votre tente place naturellement le double-toit dans la configuration la plus résistante. Les arceaux longitudin
arres doivent alors être positionnés parallèlement à cette force dominante, ce qui améliore nettement la tenue au vent. En pratique, visez toujours à présenter la partie la plus basse et la plus tendue de votre tente face au vent, tout en gardant l’ouverture légèrement abritée. Une orientation nord-est offre, dans la plupart des situations, un compromis optimal entre protection et apport de chaleur au lever du soleil.
Sur le terrain, vous pouvez affiner cette orientation grâce à des indices simples : direction de la houle sur un lac, inclinaison des branches, orientation des herbes hautes ou encore sens de déplacement des nuages bas. En montagne, méfiez-vous des vents catabatiques (vents froids descendant des pentes) qui peuvent se renforcer brutalement en seconde partie de nuit. Si vous bivouaquez souvent, il est utile de noter systématiquement dans un carnet la configuration vent/orientation de votre tente et la qualité de votre nuit : en quelques sorties, vous verrez se dessiner des constantes qui guideront vos futurs choix.
Respecter la réglementation des parcs nationaux : vanoise, écrins et mercantour
Un camping sauvage réussi est avant tout un camping sauvage légal. En France, la distinction entre bivouac et camping sauvage est parfois floue dans les textes, mais les parcs nationaux ont chacun une réglementation précise. Dans le Parc national de la Vanoise, par exemple, le bivouac n’est autorisé que à proximité immédiate de certains refuges, entre environ 19h et 8h, avec obligation de démonter la tente au petit matin. Ignorer cette règle, c’est s’exposer à une amende, mais surtout contribuer à la dégradation d’écosystèmes très fragiles.
Dans le Parc national des Écrins, le bivouac est généralement permis entre 19h et 9h, à plus d’une heure de marche des limites du parc et des accès routiers, avec quelques exceptions (Pré de la Chaumette, lac de la Muzelle, Pré des Selles) où la tolérance est plus large mais strictement encadrée. Le Parc national du Mercantour applique une logique similaire : bivouac nocturne, tente légère, installation tardive et démontage matinal, et interdiction formelle des feux. Dans tous les cas, le bon réflexe reste de consulter le site officiel du parc ou de contacter une maison du parc ou un office de tourisme avant votre départ : cinq minutes de vérification évitent des heures de stress et de discussions avec les gardes.
Identifier les zones à risque : couloirs d’avalanche, berges instables et faune sauvage
Bien dormir en camping sauvage implique aussi de ne pas s’installer dans un piège géographique. En terrain montagnard, repérez systématiquement les couloirs d’avalanche et zones de coulées de neige anciennes : absence de végétation mature, alignement de troncs cassés, dépôt chaotique de blocs et de branches en contrebas. Même hors saison hivernale, ces couloirs deviennent des canaux privilégiés pour les crues torrentielles et les chutes de pierres. Écartez-vous d’au moins une centaine de mètres latéralement de ces axes de dévalement, même si l’emplacement semble plat et accueillant.
Les berges de rivières et de lacs imposent la même prudence. Une rive herbeuse peut masquer des berges sous-cavées qui s’effondrent sous le poids d’une tente et de ses occupants. Cherchez les fissures longitudinales, les zones de sol affaissé et la couleur plus sombre des bandes de terre détrempée. Enfin, pensez en termes de corridors de faune : passages évidents dans les fourrés, sentes marquées, crottes fraîches ou poils sur les barbelés signalent des itinéraires habituels d’animaux sauvages ou de troupeaux. Vous ne voulez ni être réveillé par un troupeau de vaches paniquées, ni vous retrouver entre une mère et ses petits. Décalez-vous de quelques dizaines de mètres de ces axes, même si cela implique un léger surcroît de marche.
Système de couchage trois saisons : isolation thermique et gestion de l’humidité
Une fois l’emplacement sélectionné, la qualité de votre sommeil en camping sauvage dépend essentiellement de votre système de couchage trois saisons. Celui-ci doit gérer deux contraintes antagonistes : retenir la chaleur produite par votre corps, tout en évacuant parfaitement l’humidité issue de la transpiration et de la condensation. Les expéditionnaires raisonnent en système complet : sac de couchage, matelas, couches de vêtements et accessoires doivent fonctionner comme les différentes couches d’un mur isolé. Négliger un seul de ces éléments, c’est fragiliser l’ensemble, exactement comme un pont thermique dans une maison basse consommation.
Choisir un sac de couchage selon la température de confort et la limite extrême
Le choix du sac de couchage ne se résume pas à une température affichée sur une étiquette. En Europe, la norme EN ISO 23537 définit trois valeurs : température de confort, limite et extrême. Pour un usage trois saisons en montagne ou en camping sauvage, focalisez-vous sur la température de confort, pas sur la limite extrême. Si vous prévoyez de dormir à des températures proches de 0 °C, ciblez un sac dont la température de confort se situe entre -2 °C et +2 °C, selon votre frilosité. La limite extrême indique seulement le seuil de survie théorique, pas une nuit reposante.
Le débat duvet naturel versus synthétique reste d’actualité. Le duvet de qualité (indice de gonflant supérieur à 700 cuin) offre un rapport chaleur/poids inégalé, idéal pour les treks engagés, à condition de le protéger scrupuleusement de l’humidité. Les sacs synthétiques, légèrement plus lourds et volumineux, gardent une part importante de leur pouvoir isolant même humides et sèchent plus vite, ce qui les rend très pertinents pour les bivouacs répétés, en forêt humide ou en bord de mer. Dans une optique polyvalente, de nombreux experts recommandent un sac de couchage synthétique confort 0 °C complété par un drap de sac chaud, plutôt qu’un modèle ultra-limite que vous devrez pousser dans ses retranchements à chaque sortie.
Matelas isolants : valeur R des modèles Therm-a-Rest NeoAir et sea to summit
Un excellent sac de couchage posé sur un matelas inadapté équivaut à porter une doudoune sur le torse pieds nus dans la neige. La variable clé pour les matelas modernes est la valeur R, qui mesure la résistance thermique à la conduction du froid depuis le sol. Pour un usage trois saisons, visez une valeur R entre 3 et 4, ce qui couvre la majorité des nuits en montagne jusqu’aux premières gelées. Les matelas Therm-a-Rest NeoAir (Xlite par exemple) offrent typiquement une R-value autour de 4,2 pour un poids inférieur à 400 g, ce qui en fait une référence pour les treks légers. Chez Sea to Summit, la gamme Ultralight Insulated ou Etherlight XT Insulated affiche des R-values comprises entre 3,2 et 3,8, avec un confort accru grâce à une épaisseur généreuse.
Comment choisir concrètement ? Si vous bivouaquez principalement au printemps et en été sous 1500 m d’altitude, une R-value de 2,5 à 3,0 peut suffire, surtout avec une bonne isolation complémentaire au sol. Au-delà de 2000 m ou dès que des températures proches de 0 °C sont prévues, ne descendez jamais sous 3,5. Retenez cette règle pratique : mieux vaut 150 g de plus dans le matelas que 500 g de plus dans le sac de couchage. L’investissement dans un matelas de qualité influence davantage votre confort global que le gain de quelques degrés sur un sac surdimensionné.
Technique du sandwich thermique pour optimiser l’isolation au sol
Les professionnels des expéditions utilisent fréquemment ce qu’ils appellent la technique du sandwich thermique. L’idée est simple : au lieu de compter sur un unique matelas sophistiqué, vous superposez deux couches complémentaires. Par exemple, un tapis de mousse fermé de 8 mm (très résistant, peu cher, insensible à la perforation) sous un matelas gonflable isolant. La mousse diffuse les irrégularités du sol, protège le matelas principal des pierres et des ronces et ajoute 1 à 1,5 points de R-value à l’ensemble. En cas de crevaison, vous disposez encore d’une isolation minimale pour finir votre expédition.
Concrètement, disposez toujours la mousse en premier, en la faisant dépasser légèrement des bords du matelas principal pour protéger aussi les pieds et les épaules. Si le terrain est particulièrement froid (neige tassée, sol gelé, pierrier humide), vous pouvez intercaler une couverture de survie épaisse entre la mousse et le matelas, face alu vers le haut, pour réfléchir une partie du rayonnement thermique. Attention toutefois : une simple couverture de survie fine posée directement sous le matelas peut favoriser la condensation. Comme souvent en bivouac, testez ce montage lors d’une sortie courte avant de l’adopter pour une traversée plus engagée.
Utiliser un sac à viande en soie ou polaire pour gagner 5°C de confort
Le sac à viande (ou drap de sac) est l’un des accessoires les plus sous-estimés du camping sauvage. Un modèle en soie de bonne qualité ajoute typiquement 2 à 3 °C de confort, tandis qu’un drap en polaire ou en fibres techniques peut vous faire gagner jusqu’à 5 °C. Ce gain thermique permet soit de renforcer un sac de couchage trois saisons lors de nuits exceptionnellement froides, soit de dormir plus léger sans multiplier les modèles de sacs. À moyen terme, le drap de sac prolonge aussi la durée de vie de votre duvet ou synthétique en le protégeant de la transpiration et des salissures.
Quelle matière choisir ? La soie convient parfaitement aux randonneurs qui recherchent la compacité et la légèreté, notamment sur les longues traversées. Les modèles en polaire ou en microfibre seront plus adaptés si vous êtes frileux ou si vous bivouaquez régulièrement près de 0 °C. Enfin, pour une gestion optimale de l’humidité, certains draps mélangent fibres synthétiques et mérinos, ce qui améliore la respirabilité tout en limitant les odeurs sur plusieurs jours d’itinérance. Vous pouvez ainsi adapter finement votre confort thermique sans alourdir de manière excessive votre sac à dos.
Gestion du microclimat sous abri : condensation, ventilation et point de rosée
Une fois votre système de couchage optimisé, le troisième pilier d’une bonne nuit en camping sauvage est la gestion du microclimat sous abri. La tente ou le tarp créent un volume d’air restreint où se jouent des phénomènes physiques précis : point de rosée, gradients de température, renouvellement d’air. Mal gérés, ils conduisent à des parois ruisselantes, un sac de couchage humide et une sensation de froid disproportionnée par rapport à la température réelle. Bien utilisés, ils transforment votre abri en un cocon sec et tempéré malgré une météo défavorable. L’objectif n’est pas d’empêcher toute condensation (impossible en pratique), mais de la contrôler et d’en limiter les effets.
Configurer les aérations de la tente pour créer un flux d’air transversal
La plupart des tentes modernes disposent d’aérations hautes, parfois réglables, mais beaucoup de campeurs les laissent fermées par peur d’avoir froid. C’est une erreur fréquente. Pour limiter la condensation, vous devez créer un flux d’air transversal : une entrée basse côté sous le vent ou légèrement de côté, et une sortie haute à l’opposé. Cet échange permanent permet d’évacuer l’air humide produit par votre respiration et la transpiration de vos vêtements, tout en renouvelant l’oxygène dans l’abri. Vous aurez peut-être la sensation d’un léger courant d’air, mais vous gagnerez en sécheresse globale, donc en confort thermique réel.
Sur le terrain, adaptez-vous à la météo. Nuit froide et sèche ? Vous pouvez fermer partiellement les aérations sous le vent tout en laissant une ouverture haute minimale. Nuit douce et très humide, en vallée ou près d’un lac ? Ouvrez généreusement les deux côtés, quitte à remonter un peu le double-toit sur le pourtour abrité. Pensez aussi à l’orientation de votre tente : si vous vous servez des absides pour cuisiner ou stocker du matériel humide, privilégiez la position de ces zones sous le vent afin de ne pas faire entrer directement l’humidité dans la chambre intérieure.
Absides et double-toit : distance minimale de 15 cm pour prévenir la condensation
La condensation se forme lorsque l’air chaud et humide de l’intérieur rencontre une surface froide, généralement le double-toit. Si la toile extérieure colle à la chambre interne, l’humidité migre par contact et finit sur votre sac de couchage. Pour éviter cet effet, veillez à tendre correctement le double-toit et à maintenir une distance minimale de 10 à 15 cm avec la toile intérieure, y compris au niveau des absides. Beaucoup de tentes permettent d’ajuster cette tension via des sangles ou des boucles réglables : prenez le temps de les paramétrer finement, surtout après un changement de température qui peut détendre les tissus.
Les absides servent souvent de zone tampon pour stocker chaussures, sac à dos et popote, lieux où l’humidité est inévitable. En les gardant bien ventilées et en évitant de les surcharger d’objets qui plaquent la toile vers l’intérieur, vous créez une barrière efficace entre les sources d’humidité et votre espace de sommeil. Si, malgré tout, vous constatez une condensation importante au petit matin, adoptez le réflexe des alpinistes : secouez doucement la toile avant d’ouvrir complètement les portes, puis laissez sécher la chambre et le sac de couchage au soleil ou au vent dès que possible, même si ce n’est que durant dix minutes pendant la pause petit-déjeuner.
Utiliser un tarp en configuration a-frame pour les bivouacs ultralégers
Pour les pratiquants du bivouac ultraléger, le tarp remplace parfois la tente classique. La configuration la plus polyvalente reste le montage en A-frame : une crête centrale formée par deux bâtons de marche ou des arbres, et les pans latéraux descendus en pente symétrique. Ce montage favorise naturellement la circulation d’air et limite la condensation, tout en offrant une protection correcte contre la pluie si l’angle des pans est suffisamment prononcé (environ 45 °). L’espace reste ouvert sur les côtés, ce qui nécessite de bien choisir son orientation par rapport au vent et aux précipitations annoncées.
En pratique, visez une hauteur de faîtage de 90 à 110 cm pour un bon compromis entre habitabilité et protection. Abaissez davantage le tarp si un fort vent est annoncé, quitte à réduire le volume habitable. Pour optimiser le microclimat, certains randonneurs ajoutent un inner en mesh (chambre moustiquaire) ou un simple bivy bag respirant autour de leur sac de couchage. Ce duo tarp + bivy offre une grande flexibilité : vous pouvez ajuster l’ouverture du tarp selon la météo, tout en conservant une couche protectrice autour de votre couchage, même lorsque la condensation se forme sur la toile principale.
Protocole de préparation nocturne : thermorégulation et nutrition pré-sommeil
Un bivouac confortable ne se joue pas uniquement sur le matériel et l’emplacement. Les heures qui précèdent le coucher conditionnent fortement votre capacité à vous réchauffer et à rester à température constante toute la nuit. Les expéditionnaires appliquent un véritable protocole de préparation nocturne mêlant nutrition, hydratation, choix vestimentaires et routines de mouvement. L’objectif ? Mettre votre organisme dans la meilleure configuration pour produire et conserver de la chaleur pendant plusieurs heures, sans réveils répétés dus au froid ou à l’inconfort digestif.
Consommer 400-500 calories de lipides complexes 90 minutes avant le coucher
Vous êtes-vous déjà couché en ayant un peu froid, malgré un bon équipement ? Dans bien des cas, c’est moins le matériel que le manque de carburant interne qui pose problème. Pour une nuit en camping sauvage, prévoyez un repas riche en lipides complexes et en glucides lents, pris environ 90 minutes avant le coucher. Une collation de 400 à 500 calories, combinant par exemple semoule, huile d’olive, fromage, fruits secs et quelques noix, permet à votre corps de disposer d’une réserve énergétique stable, qui se libère progressivement au fil de la nuit.
Les lipides complexes ont l’avantage de soutenir une combustion lente, comparable à une bûche dense dans un poêle, par opposition aux sucres rapides qui flambent vite puis s’éteignent. Cette stratégie limite aussi les fringales nocturnes et les réveils liés à une chute de glycémie. Attention toutefois à ne pas surcharger votre système digestif avec un repas trop copieux ou trop épicé juste avant de vous glisser dans le sac : visez la satiété confortable plutôt que le gavage, surtout en altitude où la digestion est déjà mise à rude épreuve.
Technique de la bouillotte nalgene pour réchauffer le sac de couchage
Parmi les astuces d’experts pour dormir au chaud en camping sauvage, la bouillotte Nalgene fait figure de classique. Le principe : remplir une gourde résistante à la chaleur (type Nalgene en plastique sans BPA) d’eau très chaude, bien la fermer, puis la glisser dans un sac ou une chaussette et l’installer au fond du sac de couchage 10 à 15 minutes avant d’aller dormir. Ce « radiateur portable » préchauffe l’air à l’intérieur du sac et réduit l’effort initial que votre corps doit fournir pour amener le volume d’air à température.
Une fois installé, vous pouvez remonter progressivement la bouillotte vers les cuisses ou le ventre, zones riches en vaisseaux sanguins, pour un apport de chaleur doux et durable. En conditions proches du gel, cette technique peut faire la différence entre une nuit à grelotter et un sommeil réellement réparateur. Veillez toutefois à vérifier l’étanchéité de votre gourde avant le départ : une fuite d’eau chaude dans un sac de couchage en duvet peut transformer votre stratégie de survie en cauchemar. Certains alpinistes emportent d’ailleurs une gourde dédiée à cet usage, distincte de celle utilisée pour boire.
Porter des vêtements techniques en mérinos pour réguler la transpiration nocturne
La tentation est grande de superposer tous ses vêtements avant de se glisser dans le sac de couchage. Pourtant, l’excès de couches peut entraîner une sudation excessive, puis un refroidissement brutal lorsque l’humidité se diffuse dans les tissus. Une solution efficace consiste à porter une couche de base en laine mérinos (haut manches longues et collant) spécifiquement dédiée à la nuit. Le mérinos régule remarquablement la transpiration, limite les odeurs et conserve ses propriétés isolantes même légèrement humide.
Complétez ce baselayer par une paire de chaussettes sèches et, si nécessaire, un bonnet léger ou un tour de cou, car une part importante des pertes de chaleur se fait par la tête et le cou. Réservez votre doudoune ou votre polaire épaisse pour le temps passé en dehors du sac de couchage : une fois à l’intérieur, laissez le sac faire son travail. Si vous avez encore froid après 15 à 20 minutes, ajoutez alors une couche légère (micro-polaire, doudoune fine) par-dessus la couche de base plutôt que plusieurs vêtements hétérogènes qui comprimeront inutilement le garnissage de votre sac.
Équipement spécialisé pour conditions extrêmes : haute altitude et climat polaire
Lorsque le camping sauvage sort du cadre trois saisons pour s’aventurer en haute altitude ou en climat polaire, la marge d’erreur se réduit considérablement. Le matériel devient alors un facteur de sécurité vitale autant qu’un élément de confort. Les expéditionnaires adoptent des tentes quatre saisons à arceaux renforcés, capables de résister à des vents supérieurs à 80 km/h et à des charges de neige importantes. Le double-toit descend souvent jusqu’au sol pour limiter les entrées d’air glacial, et des jupes anti-neige permettent d’enterrer partiellement la toile afin de créer une barrière supplémentaire contre le vent.
Côté couchage, les sacs de couchage sont dimensionnés pour des températures de confort négatives, souvent -10 °C à -20 °C pour les expéditions engagées. Dans ces conditions, l’approche par « système » devient cruciale : combinaison d’un sac principal et d’un sursac isolant, matelas à très haute R-value (5 et plus), sandwich de deux matelas dont un en mousse plein. En altitude, où la pression atmosphérique diminue, la convection interne dans les garnissages peut augmenter, ce qui incite certains alpinistes à légèrement surdimensionner leurs équipements par rapport aux estimations théoriques.
Les vêtements suivent la même logique de redondance et de modularité. Plusieurs couches respirantes (base en mérinos ou synthétique, polaire technique, doudoune en duvet hydrophobe ou synthétique) permettent d’ajuster rapidement l’isolation sans transpirer excessivement pendant l’effort. Sur le visage, un masque ou une cagoule coupe-vent devient vite indispensable dès que le thermomètre passe sous -15 °C avec du vent. Enfin, en climat polaire, de nombreux groupes adoptent des procédures strictes avant le coucher : inspection systématique des extrémités (mains, pieds, visage) pour repérer d’éventuels débuts de gelures, rotation des équipements humides vers des couches externes qui sécheront pendant la nuit, et stockage du matériel sensible (batteries, filtres à eau, réchaud à gaz) dans le sac de couchage pour éviter qu’il ne gèle.
Stratégies d’adaptation circadienne en milieu sauvage isolé
Dernier paramètre souvent ignoré lorsqu’on parle de bien dormir en camping sauvage : votre rythme circadien, c’est-à-dire votre horloge biologique interne. En milieu sauvage isolé, loin de la pollution lumineuse et des repères urbains, ce rythme peut être mis à rude épreuve, surtout lors de longues expéditions. Pourtant, les expéditionnaires aguerris savent que respecter, voire exploiter, ce rythme améliore significativement la qualité du sommeil, la récupération musculaire et la lucidité mentale le lendemain. Comment y parvenir ? En alignant autant que possible votre routine quotidienne sur les cycles naturels de lumière et de température.
Concrètement, essayez de caler vos horaires de bivouac sur le crépuscule et l’aube : installation du campement 1 à 2 heures avant la nuit, extinction progressive des lumières frontales au profit de la pénombre, réveil en profitant de la lumière naturelle. Limitez l’exposition aux écrans (smartphone, GPS) dans l’heure qui précède le coucher : la lumière bleue qu’ils émettent perturbe la sécrétion de mélatonine, l’hormone du sommeil. Vous pouvez remplacer ces consultations tardives par un rapide briefing carte papier ou une vérification de l’itinéraire du lendemain, effectué plus tôt dans la soirée.
Sur plusieurs jours d’itinérance, instaurez des rituels récurrents : boisson chaude sans caféine après le dîner, quelques étirements légers, préparation méthodique du sac pour le lendemain, puis lecture courte ou écriture dans un carnet. Ces routines envoient à votre cerveau un signal clair de « mise en veille », même si l’environnement sonore ou lumineux varie. Enfin, n’oubliez pas l’impact psychologique de l’isolement : si l’idée de dormir seul en pleine nature génère du stress, adressez-la comme un paramètre à part entière. En commençant par des bivouacs proches des refuges ou d’autres randonneurs, puis en vous éloignant progressivement, vous laisserez à votre système nerveux le temps de s’habituer. À terme, ce travail sur le rythme et les rituels devient aussi important que le choix du matelas ou du sac de couchage pour transformer vos nuits dehors en véritables nuits de récupération.